Vendredi 8 juin 2007
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12:00
Tapie derrière un buisson aux étranges fleurs translucides, Kristin regardait, bouche bée, la porte immense qui se tenait en contrebas. Elle se dressait,
droite, entre les flancs de deux collines, mais, étrangement, ne les touchait pas. Il aurait été facile pour toutes les personnes qui attendaient leur tour pour la traverser de passer sur
le côté, mais, aucun ne le faisait. Tous passaient au travers de la lourde porte noire et blanche.
Kristin se mit alors à détailler un peu plus cette foule colorée mais silencieuse. Qui étaient-ils? Que faisaient-ils là? La jeune maman frissonna : certains
n'avaient rien d'humains! Dans ses bras, Irvana s'agita, tendant son petit cou pour apercevoir la porte à son tour.
Les âmes étaient là. La Passeuse aussi. La porte était encore ouverte, il n'était donc pas trop tard...
- Que font tous ces gens ici? questionna finalement Kristin.
- Il ne sont pas vraiment là, fit la voix de sa fille dans sa tête. Ce que tu vois ce n'est qu'une représentation de leurs corps qui symbolise le chemin qu'ils
suivent...
Kristin détailla un peu plus la porte : elle était vraiment magnifique. Une œuvre d'art perdue au sein d'une forêt étrange. Brillante. Attirante. Et étonnament
familière. Comme si Kristin s'en était déjà approchée...
- Comment ça? Quel chemin? reprit la jeune femme, de plus en plus troublée.
- C'est une allégorie. La symbolisation de la voie que chaque être choisit, tantôt vers le Bien, tantôt vers le Mal...
- Tu veux dire que nous passons tous par cette porte? fit Kristin en plongeant dans l'intense regard bleu de sa fille.
- Fatalement. Des choix s'offrent tôt ou tard à tous les êtres pensants...
- Et toi? Tu veux prendre quel chemin? Avec lesquels de ces gens dois-je te laisser?
La voix de Kristin trahit une vive émotion : son corps se rebellait malgré elle à l'idée de se séparer de cette enfant qu'elle avait porté pendant plus de neuf
mois.
- Avec aucun d'eux, Maman. Descendons, tu vas comprendre...
Il les regardait descendre lentement le flanc de la colline. Ainsi, elles avaient réussi! Comme elles étaient belles : Kristin, décoiffée et hagarde, silhouette
légère vêtue d'une longue chemise, aurait pu être la muse de bien des poètes. Quant à Irvana, ses yeux qui lisaient les âmes étaient d'une exceptionnelle beauté. Et elles étaient à lui, toutes
les deux!
Bien sûr, Irvana ne resterait pas auprès de lui. Mais il avait accompli sa tâche et en avait été généreusement récompensé par l'amour que sa femme lui portait.
Il les admira encore un instant, fier de cette mère qui allait donner ce qu'elle avait de plus cher au monde pour la survie de celui-ci. Elle aussi en serait récompensée, mais elle ne le savait
pas encore. Puis il tourna les talons et descendit se perdre dans la foule. Il ne devait pas se montrer : Kristin ne devrait jamais savoir!
Par Enrik Cavallier
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Publié dans : Nouvelles
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