Mercredi 13 juin 2007
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16:30
Qu'elle était belle! D'une beauté unique, sauvage, inconsciente et terrifiante. Elle marchait au milieu des cages comme s'il se fut agi d'aquarium de poissons rouges.
Sa démarche souple, asservie dans un jean trop serré, balançait ses hanches généreuses que sa chemise, nouée sous sa poitrine ronde, dévoilait.
Avant même qu'elle n'entre dans sa caravane, il sut qu'il lui accorderait tout ce qu'elle désirait. Il l'imaginait déjà sous les feux de la rampe, virevoltant aux bras des solides trapézistes,
debout sur le dos des andalous lancés au galop, et peut-être même... Dieu! Quel spectacle superbe cela serait si elle était avec les fauves...! Mais si elle ne souhaitait que faire la cuisine ou
curer les cages, il serait d'accord aussi. Du moment qu'elle restait à ses côtés. Pour toujours...
Je sais à présent que les hommes sont des bipèdes proches des lions : ils aiment les femelles passionnément. Mais sont tout aussi lourdauds et empêtrés dans de vaines tentatives de séduction.
J'aurais pu abuser de lui dès les premières minutes, mais je n'en avais pas envie. Du moins, pas avec lui... J'ai eu du mal à lui parler sans détourner le regard. J'avais l'impression d'entendre
claquer son fouet, qu'il allait me chasser hors de sa roulotte avec un tabouret. Mais il n'a rien fait de tout celà. Il m'a demandé ce que je voulais. Je me suis demandée si je n'avais pas envie
de le goûter, voir quel goût a un bipède, mais je me suis reprise. Je n'ai pas beaucoup de temps. Je dois le mettre à profit pour savoir...
Il doit m'embaucher pour m'occuper des fauves. Je lui ai dit que je savais le faire, il ne m'a posé aucune question. A présent, je dois m'occuper des autres. Ils vont en faire une tête!
Qui était-elle? Elle était belle, sa peau semblait douce comme si personne n'avait jamais posé la main sur elle. Une peau dorée par le soleil, qui ne portait aucune traces, aucune cicatrices,
aucune imperfection. Pourtant, elle attrapait la fourche à viande comme un homme, sans ménagement. Elle déplaçait des kilogs de viande sans ciller, presque souriante. Son regard incroyable, d'un
marron si chaud qu'il virait à l'orange sous les rayons du soleil d'été, fixait les fauves sans crainte. Ils tournaient dans leurs cages, feulaient pour qu'elle se dépêche, ne la quittant pas des
yeux. Leurs regards de prédateurs donnaient parfois des sueurs froides aux plus aguerris des dompteurs : ils savaient que si les barreaux n'étaient pas entre eux à l'heure du repas... Mais la
femme les fixait avec une certaine complicité, et les fauves, à bien y regarder, ne se comportaient pas avec elle comme avec les autres. Ils semblaient s'amuser de tout celà. Mais de quoi?
D'un mouvement fluide, elle ramena sa lourde crinière chatain derrière ses épaules et planta un nouveau morceau de viande. Tino, le lion dominant depuis la disparition de James, rugit
d'impatience. De ses puissantes griffes, il attrapa violemment la fourche en même temps que la viande. La femme fut secouée, mais tint bon sans effort apparent. Un grognement sourd la remercia
pour ce don. Elle récupéra sa fourche et la planta dans une botte de paille. Les lions nourris, elle devait maintenant passer à la suite.
D'un air déterminé, elle se dirigea vers la cage vide de James qui se tenait un peu à l'écart des autres...
Filippe la suivit du regard, fasciné à la limite de l'hypnose. Puis, discrètement, il lui emboîta le pas.
Par Enrik Cavallier
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Publié dans : Nouvelles
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