Jeudi 14 juin 2007
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17:30
L'odeur de James emplit encore sa cage : puissante, farouche, indomptable. Elle grave dans ma tête les images de lui que je croyais effacées : sa prestance lorsqu'il
était sorti du camion la première fois; le feu qui brillait dans ses yeux, aussi sauvage qu'un incendie dans la savane aride; sa crinère longue et souple qui se balançait au rythme de ses longues
foulées. Où est-il aujourd'hui?
La Mort ne l'a pas emporté avec elle : je le sais, je le sens! Il s'est passé autre chose cette nuit-là, mais quoi? Sa couche a été enlevée, sa cage est propre, de la
paille sèche a été mise : pourquoi? Attendons-nous un nouveau compagnon de cirque? Espère-t-il remplacer James? Qu'il n'y pense même pas!!
Un grognement sourd et inconscient monta dans sa gorge tandis que de sombres pensées pertubaient son esprit. Accroupie au milieu de l'ancienne cage du lion dominant,
elle n'y trouvait pas les indices qu'elle espérait. Mais si ses sens ne pouvaient pas la guider, la parole le pourrait certainement...
Un bruit la fit tressaillir. Elle sortit de la cage pour faire face à un homme qu'elle connaissait bien : il volait tout en haut du châpiteau juste avant qu'elle ne fasse son entrée. Il était
grand, musculeux, élancé, et comptait sur son camarade pour le rattraper à chacun de ses sauts.
- Bonjour.
Sa voix était grave, un brin ronronnante sur les "r".
- Bonjour.
- Je m'appelle Filippe. Je suis trapéziste. Antony vous a embauchée pour les lions?
- Oui.
Il attendit, un peu surpris de la brièveté de sa réponse. Et toujours aussi troublé...
- Et vous, vous vous appelez...?
Elle finit par sourire, dévoilant des dents superbement alignées, aux canines légèrement pointues.
- Je suis Soria.
Filippe sourit franchement : ce nom lui allait à merveille. Il appelait une contrée lointaine, exotique, peuplée de mystère... Il ne voulait pas arrêter là leur discussion...
- Vous vous y connaissez donc en fauve? demanda-t-il en lui emboîtant le pas car elle se sauvait déjà.
- Oui.
- Ceux d'ici vont vous plaire : ils sont très beaux!
Elle hocha la tête.
- Mais vous avez loupé le plus beau : un lion superbe que nous possédions et qui avait une tenue magnifique.
Elle ralentit un peu l'allure. Cet homme pouvait peut-être l'aider...
- Ah oui?
- Oui! renchérit le trapéziste, heureux de la faire enfin réagir. Il s'appelait James le Magnifique.
Soria frémit : pourquoi parlait-il de lui au passé?
- Et où est-il à présent?
Elle avait tenté de garder un timbre de voix clair mais elle sentait le voile d'un grognement se poser dans le fond de sa gorge. Filippe sembla ne rien remarquer.
- Officiellement, il s'est échappé il y a quelques jours... Le patron va toucher une belle prime d'assurance!
Le tuer. Tout de suite. Lui, les autres, tous... Comment avaient-ils pu? Comment cet homme pouvait-il parler ainsi de James? Ce lion n'était pas une marchandise! Il vivait. Rassurait les autres
par sa présence. Calinait les femelles. Maintenait l'ordre quand la période du rut rendait fous les plus jeunes. Et racontait l'Afrique quand la nuit tombait. Car lui venait de là-bas...
Par Enrik Cavallier
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Publié dans : Nouvelles
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