En résumé...

Les maux s'envolent mais l'écrit reste...

Vendredi 29 juin 2007 5 29 /06 /Juin /2007 09:00
lionne.jpeg L'Afrique.
Henry avait été séduit au premier coup d'œil. De cette même séduction sauvage et implacable qu'il avait ressentie envers Soria. Ces terres l'attiraient, l'envoûtaient, et lui donnaient à croire que son abracadabrantesque théorie valait la peine d'être vérifiée...
Il consulta une nouvelle fois le listing des vols de la compagnie. Le nom de Soria y figurait. Elle avait pris l'avion une douzaine d'heures avant lui, fuyant les conséquences de ses actes. Lui avait posé des RTT. Il en avait honte. Il laissait ses collègues se démener avec une affaire dont ils ne trouveraient jamais la solution. Du moins, s'il ne se trompait pas... Et si jamais il avait tort? L'inspecteur soupira, refoulant ses doutes le plus loin possible : il devait avoir raison! Sinon, il n'y aurait aucune explication aux actes de Soria...

Ma terre. Enfin. Je la sens vibrer sous mes pas au fur et à mesure que je m'enfonce en son sein. Son air est une caresse brûlante sur ma chair, son sol comme la peau d'un tambour qui rythme les battements de mon coeur. Je plonge en elle. Je me purifie. Je redeviens moi, je le sens... James aurait été fier de moi. Comme je comprends aujourd'hui pourquoi les souvenirs de cette région étaient si forts en lui! Comment pouvons-nous oublier les entrailles qui nous ont donné la vie? Même élevés en cage, nous ressentons tout au fond de nous Sa chaleur. L'Afrique. Je viens pour m'y perdre, à tout jamais...
Je ne suis pas fière de ce que j'ai fait, mais cela devait être. Les bipèdes n'auraient jamais puni les leurs pour avoir massacré quelques animaux, fussent-ils protégés. Protégés! Ils ont de drôle de principe : ils nous protègent dans des cages, dans des zoos, dans des expositions, mais jamais là où la Vie nous avait fait naître. Peut-être serai-je châtiée par cette terre que je foule? Peut-être les miens me rejetteront-ils? Je l'accepterai. Ce sera ma pénitence pour les vies que j'ai prises, pour le sang que j'ai répandu. Mais jamais je ne regretterai!
Ces hommes le méritaient. Ils ont pris une vie contre de l'argent. Beaucoup d'argent d'après Henry. Mais cela n'explique rien pour moi. Ils ont pris une vie pour pouvoir s'amuser avec elle, la traquer, la tuer. Parce qu'ils sont lâches. Trop lâches pour venir prendre cette vie là où la Nature l'a fait naître, là où elle aurait une chance contre eux! Urbiccino a reconnu son crime, avant de mourir... Encore a-t-il fallu que je lui arrache une partie du bras pour lui faire comprendre ma détermination. Puis j'ai été plus clémente, et je l'ai tué vite. Vite, car je n'avais plus beaucoup de temps. Je le savais. Henry m'avait dit qu'il reviendrait avec des renforts le lendemain. J'ai à peine eu le temps de tuer, ensuite, Antony. Là aussi j'ai dû faire vite, car il était fort. Et il a compris qui j'étais. Je revois ses yeux étonnés tandis que j'attrapais sa gorge et son dernier mot "Asori".
Oui, je suis Asori la lionne. Je ne me plierai plus jamais aux contraintes des bipèdes et à leurs lois stupides. Je connais l'Honneur et la Vengeance, et cela me suffit. Aujourd'hui que ma vengeance est accomplie, je compte regagner mon honneur auprès des miens...

L'air le brûlait au fer rouge. Mais il continuait d'avancer. La jeep de son guide était arrêtée en bas d'une petite dune. Des lions étaient derrière. Le guide lui avait demandé de ne pas sortir de la voiture, mais Henry ne lui avait pas obéi. C'était là. Tout près... Il grimpa les quelques mètres qui le séparaient du sommet de la dune et s'arrêta, le souffle coupé. Sous un immense baobab, à quelques dizaines de mètres de lui, des lions se reposaient. Le mâle à la lourde crinière noire mordillait ses femelles au cou, les obligeant à se retourner pour répondre à son jeu; tandis qu'une portée de lionceaux cavalait autour d'eux. Les yeux sombres du grand lion se posèrent sur Henry, évaluant en un clin d'œil la potentielle facilité de ramener une telle proie pour le souper. Une femelle rugit doucement et tous les petits vinrent se coller à son flanc. Le lion se redressa, ainsi qu'une lionne d'une taille imposante. Ils firent un pas dans la direction de l'humain.
Le cœur battant à tout rompre, à la fois conquis et terrifié par le spectacle, Henry fit un pas en arrière. Son guide se mit à lui hurler quelque chose qu'il ne comprit pas immédiatement. Il se retourna et découvrit une lionne qui lui barrait la route jusqu'à la jeep. Il crut mourir. Il avait commis une folie, la dernière, en imaginant que Soria...
La bête s'approcha : elle était haute et musclée, son échine saillait à chacun de ses pas qui frôlaient le sable brun, sa beauté était hypnotisante. Leurs regards se mêlèrent. Les yeux oranges de la lionne semblaient sourire à l'inspecteur Van Herz. Le soleil s'y reflètait en les nimbant de milliers de nuances chatoyantes. Henry frémit, la gorge nouée. Ce regard...
- Soria...? murmura-t-il.
Elle feula doucement, en s'approchant de lui. Sa tête vint se nicher dans la paume d'Henry. Elle leva les yeux comme pour lui parler. Il eut envie de la prendre dans ses bras, de plonger les doigts dans ce pelage si merveilleux qu'il effleurait à peine. Mais il n'osa pas. Il lui sembla que ce geste serait inconvenant. Elle n'était pas une bête domestique, elle était sauvage, elle était...
- Asori! fit-il dans un sourire.
Elle rugit. Tout le corps d'Henry se contracta : ses instincts les plus primitifs se réveillaient soudain pour lui crier de fuir. Mais il résista à leurs appels, et fit la sourde oreille à ceux de son guide qui semblait hystérique derrière le volant de la jeep.
Puis elle descendit lentement la dune pour rejoindre les siens. Henry resta planté à la regarder s'éloigner. Au plus profond de lui, il détenait la clef d'un des secrets de l'Afrique...

J'espère que cette petite nouvelle vous a plu.
Je compte sur vous pour me laisser vos impressions, vos critiques... :)

Par Enrik Cavallier - Publié dans : Nouvelles - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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