Dimanche 8 juillet 2007
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Je souhaite vous faire partager ce texte qui devrait toucher la plupart d'entre nous...
La peur. La peur a ravagé ton enfance. La peur de l'obscurité. La peur des adultes. La peur d'être enlevé. La peur de disparaître.
(...) Mais le pire, ce sont ces soirs d'hiver où il faut aller chercher du vin à la cave.
Chaque pas, chaque geste mis au point en vue de ne pas faire durer la terrible épreuve une seconde de plus.
Sortir, plonger dans la ténèbre, traverser la cour, ouvrir la porte d'une main ni trop lente, ni trop rapide, éclairer, dévaler les escaliers avec ce sentiment que tu t'enfonces graduellement
dans l'abîme, la lumière avare qui n'éclaire qu'un faible espace et laisse dans l'ombre le tonneau près duquel tu dois attendre interminablement que ton pot se remplisse, le robinet haï qui ne
laisse couler qu'un mince filet noir, le sang qui bat aux tempes, les oreilles qui bourdonnent, puis remonter, t'empêcher de gravir les marches quatre à quatre, veiller à ce que le vin ne
s'échappe pas du pot tenu par une main qui tremble, éteindre, refermer précautionneusement la porte, mais la serrure grince et risque de signaler ta présence, la cour traversée en trois bonds, la
lumière retrouvée de la cuisine, attendre un instant dehors appuyé contre le mur, reprendre haleine, laisser le cœur se calmer, retrouver la possibilité d'entendre et de parler, puis bravement
pousser la porte et reprendre ta place à table, comme si rien ne s'était passé.
Extrait de Lambeaux
Paragraphe extraordinaire selon moi dont la principale cause de cette terreur est une syntaxe spectaculaire : pas un seul point! Pas une seule pause, à peine si
les virgules nous permettent de reprendre rapidement haleine, comme si on suffoquait, comme si on n'osait même plus respirer...
Par K.Rine
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Publié dans : Des livres et moi...
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