Mardi 7 août 2007
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14:50
Un petit extrait qui vous plaira, j'espère...
- Je suis journaliste depuis 7 ans. Je travaille toujours avec un coéquipier, c’est la façon de faire du journal, on signe souvent les
articles à deux. Mon coéquipier s’appellait Pascal Nerrier, c’était un type super, on s’épaulait vraiment dans le travail, quand on commençait une enquête on allait jusqu’au bout, ensemble.
Au début on avait commencé avec des sujets faciles, des reportages sportifs, ou bien sur la mode, la délinquance dans les écoles, et ces derniers temps nous avions suivi quelques enquêtes sur des
homicides. Pascal s’intéressait particulièrement à une série de meurtres dans les cités, il avait l’intuition que les flics faisaient fausse piste... Je ne sais pas, je n’ai pas bien compris ce
qui le poussait à fouiner, et j’ai... enfin... en fait, je ne l’ai pas suivi. C’était la première fois que nous n’étions pas d’accord. Je ne voyais pas l’intérêt d’enquêter sur deux homicides qui
apparemment n’avaient rien en commun, et la police confirmait mes dires. J’ai eu une longue discussion avec Pascal à ce sujet, j’ai essayé de le convaincre de laisser tomber, surtout qu’on nous
avait confié un nouvel article à rédiger, il était temps de passer à autre chose. J’ai cru pendant quelques jours qu’il m’avait écoutée : il ne me parlait plus de son enquête, pour moi il avait
décroché. Et puis, un soir, il a débarqué chez moi, complètement hystérique. J’ai eu du mal à comprendre ce qu’il me racontait, il me parlait de... heu... du bar d’Enrico, le Musik Slave, de
personnes bizarres qui avaient des dons, de fêtes où les gens buvaient du sang, et il m’a dit qu’il devait partir. Je l’ai retenu le plus que j’ai pu, je sentais qu’il n’était pas dans un état
normal. Il me disait que l’éternité était là, que le monde compterait désormais avec lui. Pour moi, il avait été enrôlé dans une espèce de secte...
Élise s’arrêta pour reprendre son souffle, rassembler ses pensées et essayer de savoir ce qu’en pensait l’homme qui s’était assis en face d’elle, sur la table basse, un tasse à la
main. Il la fixait sans étonnement, semblant attendre une suite, une fin, une conclusion... La prenait-il pour une illuminée?
- Et
après?
- Après? Et bien... Pascal est parti en continuant de raconter des inepties, et j’ai appelé mon rédacteur en chef. Il m’a dit
qu’il n’avait pas permis à mon coéquipier de continuer cette enquête et qu’il lui en toucherait deux mots le lendemain même, quitte à lui coller un avertissement s’il s’obstinait. Le lendemain,
personne n’a vu Pascal... Et c’est que trois jours après qu’on a retrouvé Pascal, pas loin du bar d’Enrico, dans un sac poubelle... enfin, plusieurs...
Élise se prit la tête dans la main, sous l’emprise d’une vive émotion. Elle était allée identifier le corps puisque Pascal n’avait pas de famille proche sur Paris, et jamais
elle n’oublierait ce corps démembré, pudiquement caché sous un drap blanc, ce visage à l’expression béate, comme si Pascal n’avait pas vu la mort arriver...
- Oh mon Dieu, reprit la jeune femme à voix haute sans vraiment le vouloir, je ne veux pas qu’Aline...
Sa voix s’étrangla...
Vincent lui tendit la tasse de café. Si Aline était vraiment entre les mains d’Enrico il y avait
peu de chance que la gamine en réchappe... A moins qu’Élise n’eut la tête bien rivée sur les épaules pour encaisser la suite.
- Qui
étaient les personnes bizarres dont Pascal vous a parlé? Les a-t-il nommées? questionna-t-il d’une voix neutre.
La jeune femme se
ressaisit. Elle eut un petit rire nerveux, renifla, pencha un peu la tête, visiblement mal à l’aise. Il attendait une réponse, il n’y avait plus d’échappatoire.
- Il m’a dit qu’Enrico était le chef d’une bande organisée, une sorte de gourou. Il y avait des sacrifices humains aussi... Ils... Ils boivent le sang
d’hommes qui sont plus ou moins consentants. Je n’ai pas très bien compris, Pascal était surexcité... Il devait croire avoir rencontré des vampires, conclut-elle mal à l’aise.
Vincent ne réagit pas. Le mot était finalement sorti. Il constatait une fois de plus qu’il restait certainement chez les humains une part de cette
intuition infantile qui les empêchait de dire le mot “vampire” en présence de l’un d’entre eux...
Extrait de "Vincent, les liens du Sang" -
Chapître 2 : "Sensations"
Par Enrik Cavallier
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Publié dans : Extraits
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