Samedi 1 décembre 2007
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Il a frappé très fort, M.
Pennac, avec son dernier roman, vendu déjà en masse, "Chagrin d'école". Inutile de vous dire qu'avec un titre pareil et une quatrième de couverture affichant un relevé de notes style livret
scolaire aux annotations professorales pas très enthousiastes, la prof que je suis n'a pas résisté longtemps à l'appel... Et je suppose que je ne suis pas la seule enseignante dans ce cas !
Je comptais y trouver les mémoires d'un cancre, mais aussi les réflexions d'un prof et, toute utopiste que je suis, les remèdes miracles pour mes élèves. J'ai trouvé tout cela, et bien plus
encore, et bien moins aussi.
Ce livre me laisse sur ma faim, je dois bien le reconnaître. Passé le moment rigolo où ce grand écrivain nous confie sa cancrerie non sans humour, passé l'émotion de comprendre qu'un gamin qui se
voit comme un cancre a de grandes chances de le devenir pour de bon, je n'ai pas trouvé de réel réconfort dans ce bouquin. Pire, je me dis que je ne suis vraiment pas une prof terrible. Coincée
entre des programmes à appliquer, des gamins à problèmes, et des envies d'autre chose que je me permets à dose homéopathique, je ne me sens pas la stature d'un Pennachioni qui habitait sa classe
et réveilait les gamins (ok, il avoue quand même que pour certains il n'a rien pu faire, ce qui me déculpabilise un peu, mais pas beaucoup !)...
Habiter sa classe, la remplir de sa présence, jouer la comédie devant les gamins, j'ai appris à le faire, au fil des ans et de l'expérience. Car je n'ai pas demandé une formation d'actrice mais
de prof, moi ! Et puis on se rend compte qu'il faut "jouer le jeu" si on veut capter l'attention des enfants, il faut mettre un brin de folie dans sa salle de cours, faire en sorte qu'ils se
demandent toujours un peu "qu'est-ce qu'elle va nous inventer aujourd'hui ?". Pas facile tous les jours. Pas possible même certains jours où je suis trop fatiguée pour ne pas me réfugier derrière
mon bureau et mettre mes élèves en FMLP*...
Et puis Pennac, contrairement à moi, a une culture littéraire conséquente, et enseigne le français, exclusivement, à ses bataillons d'élèves. Comment traduire cette attitude dans ma classe de CM1
? Nous étudions beaucoup de textes déjà, et cette année je me suis lancée dans des jeux de grammaire mentale où l'on s'amuse (si si!) à décortiquer les phrases, les groupes de mots, les mots pour
mieux comprendre comment tout cela s'organise. J'essaye de faire aussi une dictée par semaine, mais je ne suis pas au point pour les corrections et j'en ai marre de mettre des zéros. Zéro en
dictée. Pour moi cela ne devrait pas exister. Alors je me demande si je ne vais pas utiliser la méthode de Daniel Pennac : une dictée (courte !) tous les jours que l'on décortiquerait selon ma
méthode de grammaire mentale. J'aimerais tellement que mes élèves comprennent que la langue française n'est pas si impénétrable que ça, et qu'une fois que l'on maîtrise son emploi, on s'ouvre des
portes magiques vers d'autres mondes...
Bref, je ne peux tout de même que conseiller la lecture de Chagrin d'école, mais attention à ne pas vous ruer sur la boîte d'antidépresseurs après !
* Le FMLP devrait être une matière obligatoirement enseignée à l'IUFM car elle peut sauver la vie psychologique des enseignants certains jours de grande fatigue. Le FMLP, littéralement
"Foutez-Moi La Paix" est une suite d'exercices ayant pour seul but de forcer les enfants à écrire et, par conséquence, à se taire, procurant ainsi à l'enseignant au bord de la crise de nerfs, un
moment de repos bien mérité. Le FMLP, contrairement aux autres devoirs habituels, ne nécessite pas une correction de la part du prof qui se contente d'évaluer le rendu de la copie "au poids" et
dit juste "c'est bien" aux élèves ayant suffisamment noirci de feuilles, et donc s'étant tus longuement...
Par K.Rine
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Publié dans : Des livres et moi...
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