Mardi 5 février 2008
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L’année prochaine, ma fille n’aura plus école le samedi matin. Et c’est génial. Elle n’aura plus besoin de se lever. On pourra lui caler des activités à ce moment-là.
Et son petit frère ne sera pas réveillé non plus par les délicats bruits de pas d’éléphant de La Grande qui remonte en courant chercher la lettre pour son amoureux au moment de partir.
De mon côté, je me lèverai toujours à la même heure la plupart du temps puisque le samedi matin j’ai des réunions diverses et variées : conseil de cycle, conseil d’école, animation pédagogique…
Donc, bien que maman d’une enfant scolarisée, je ne bénéficierai pas pleinement de la nouvelle mesure du Ministre de l’Education Nationale.
J’ai un peu l’impression de m’être fait avoir sur ce coup-là…
L’année prochaine, mes élèves n’auront plus école le samedi matin eux non plus. Et c’est génial, pour eux…
Ils n’auront plus à se lever, ou à trouver des excuses bidons le lundi matin :
- J’étais malade maîtresse.
- Tu vas mieux ce matin ?
- Oui maîtresse.
- Tant mieux… Elle est drôlement jolie ta casquette Mickey…
Ils n’auront plus à travailler les samedis matins alors que la maîtresse leur réservait généralement de l’art plastique ou de la cuisine…
- On ne fait plus arts plastiques cette année maîtresse ?
- Non les enfants, je m’occupe des élèves en difficulté. Les autres se débrouilleront bien tout seul pour apprendre ce que je leur enseignais pendant les deux heures de cours par semaine qu’ils
ont en moins…
C’est moins génial pour les élèves dits « en difficulté » concernés par mes cours de soutien.
- Dans un quart d’heure c’est la quille m’tresse !
- Tu as raison Mimile. Je note avec satisfaction que cette année, après avoir redoublé ton CP et ton CM2, tu sais enfin lire l’heure ! Mais tu te trompes quand même…
- Meuh non m’tresse ! Il est 16h15 !
- Certes mon cher Toto, mais comme tu as quelques difficultés je te garde jusqu’à 18h…
- Ouah z’y va, ça s’fait pô ! Pis j’ai judo moi !
Ou encore…
- Madame, nous souhaitons venir en aide à votre enfant en lui proposant des cours de soutien. Il faudrait qu’il vienne tous les midis dans ma classe, entre 12h45 et 13h15.
- Bah ça ne va pas être possible : il fait déjeuner son petit frère !
Idem pour les enfants dont je proposerai les cours à 16h45 jusqu’à 17h15 : qui ira chercher la petite sœur en maternelle pour la ramener à la maison ? Parmi « mes » parents, déjà financièrement
pas en très grande forme, lesquels paieront pour que la petite dernière reste au centre de loisirs le soir, pendant que son frère prend des cours de soutien ?
Il y aura quoiqu’il en soit certainement de nouvelles recrues pour le centre de loisirs : la mairie va s’en mettre plein les poches…
Mais passez donc avec moi de l’autre côté du miroir… Chez les profs…
Nous avons donc deux heures de soutien scolaire à effectuer toutes les semaines, dans nos classes. 4 x une demi-heure. Ou 2 x une heure.
Mettons que nous choisissions la première solution. Je l’applique bêtement à mon emploi du temps du midi. Habituellement :
- je déjeune entre 12h et 12h30
- je remonte ensuite dans ma classe faire mes corrections et peaufiner mes cours de l’après-midi si besoin est, jusqu’à 13h20.
Dans l’hypothèse que je donne des cours à ce moment-là, quid de la correction de mes cahiers ? Evidemment, vous allez me dire « T’as qu’à le faire le soir ». Certes, une fois mes enfants
couchés et la maison rangée, je me mets généralement à travailler vers 21 heures. Pensez-vous sérieusement que j’ai la moindre envie à ce moment-là de corriger quoique ce soit ?!
Ce que je crois, c’est que je ne ferai plus de petits contrôles quotidiens pour voir si mes élèves ont bien appris leurs leçons et compris ce qu’on y racontait. Et tant pis s’ils se plantent aux
gros bilans trimestriels… Je les prendrai en soutien le soir !! ;)
Imaginons maintenant que je dispense mes cours de soutien le soir…
Me voici donc à travailler jusqu’à 17h15.
Or la mairie organise quotidiennement l’étude qui permet aux enfants, dont les parents le souhaitent, de faire leurs devoirs sous la houlette d’un enseignant. Quid de mes services d’étude ? Je ne
pourrais, à priori, plus les accomplir et mon rôle sera refilé à un animateur qui, bien moins payé que moi car moins qualifié, fera le bonheur du portefeuille de la mairie, mais certainement pas
celui de mes chères têtes blondes plantées devant leurs devoirs (avec tout mon respect pour les animateurs : à chacun son métier, j’enseigne, vous animez !)…
C’est pour le coup que la baisse du pouvoir d’achat va sacrément se faire sentir, avec jusqu’à 300 euros de moins par mois selon les profs et les études qu’ils faisaient…
Qui a dit « travailler plus pour gagner plus ?! » Ce qui est certain, c’est que les profs ne pourront plus arrondir leurs fins de mois.
Et puis je me dis aussi qu’il va falloir payer un peu plus cher la nounou qui gardera nos enfants une petite heure de plus le soir, le temps qu’on fasse nos heures de soutien. Finalement, j’ai dû
mal entendre la phrase.
C’était : « Travailler autant et dépenser plus »…
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à mes élèves !
Imaginez-vous la joie de Momo ?
Oui, Momo c’est le petit chieur de base : pas très bon, un peu caïd sur les bords, qui sait pas trop pourquoi sa mère lui dit tous les matins d’aller à l’école, et surtout qui attend impatiemment
le soir pour aller frimer sur la nouvelle moto de son frère dans les rues du quartier… Donc Titi, l’école, il n’aime pas.
Pas grave mon gars, on va t’en recoller une petite couche, pour le plaisir !!
T’en bouffera un peu plus que les autres, pour la peine, parce que c’est bien connu : faut soigner le mal par le mal !
Bon, Lulu il trouvera bien des combines pour esquiver le plus possible les cours de soutien, mais tout de même ça lui pourrit la vie c’te truc ! Clair qu’il va être performant sur ces deux
heures-là !
Cet après-midi, je n’ai pas résisté à poser la question à mes élèves pour savoir ce qu’ils pensaient de ce samedi matin qui sautait. Une façon comme une autre de faire de l’éducation civique…
Au départ, ils m’ont tous dit que c’était trop cool de rester sous la couette.
Ils n’avaient pas compris que certains d’entre eux allaient se taper des heures supplémentaires à l’école, et ça déjà ça les a refroidit.
Ils m’ont argué que deux heures par semaine ce n’était pas la mer à boire. Tant pis si on faisait moins de choses à l’école…
Puis il y en a un qui a calculé que ça faisait 72 heures par an.
Un autre s’est exclamé : « Mais maîtresse, ça fait des centaines d’heures si on compte la maternelle et l’élémentaire ! »
Un troisième a enchaîné : « Mais maîtresse, on va apprendre moins de choses et on va être plus bêtes ! »
Un quatrième a asséné : « Pourquoi ils veulent pas qu’on soit intelligents ? »
Un cinquième a conclu : « Mais maîtresse, ils ne nous ont pas demandé notre avis ! »
Je vous rassure, mes chers petits, à moi non plus… C’est ça une démocratie ! Ah non, crotte, c’est pas ça que je dois leur dire !! ;)
Au final, au bout de trois quarts d’heure d’un vif débat où s’affrontaient les « C’est bien, on pourra travailler davantage le week-end » et les « Mon œil, on va rester devant la télé et on
n’apprendra rien ! », ils étaient tous fort inquiets de leur avenir, me disant même qu’ils ne seraient peut-être pas capable d’aider leurs propres enfants dans leurs études parce que ILS avaient
fait en sorte de les rendre bêtes…
De mon côté, je suis heureuse qu’ils aient au moins pris conscience de l’enjeu de la suppression du samedi matin. Ils en parleront peut-être à leurs parents qui comprendront, pour certains, que
cela vaut peut-être le coup de faire l’effort de sortir de sous sa couette un jour chômé pour assurer l’avenir de leurs enfants…
Et puis une dernière question me traverse aussi l’esprit : on s’occupe toujours des enfants en difficulté, mais que propose-t-on pour ces tas de gosses qui roulent bien tout seul ? On les laisse
vivoter en classe, s’ennuyer ferme… Pourquoi ne pas aussi libérer des heures pour eux ? On pourrait finir une heure plus tôt le vendredi après-midi pour ne s’occuper que de nos bons élèves ?
Quant à tous les moyens, il faudrait aussi leur dégager une heure ou deux, le lundi, pour travailler avec eux leurs petits points faibles…
Ah mince, à ce rythme là, je reprends ma classe entière et fini les belles annonces de Monsieur le Ministre…
Peut-être que si au lieu de prévoir un poste d’enseignant pour 50 élèves à la rentrée prochaine, l’Etat en embauchait un peu plus, on pourrait tout simplement conserver nos 26 heures
d’enseignement et travailler en petit groupe avec un maître surnuméraire ?
Oui, mais ça coûterait cher à l’Etat.
Et les mairies ne rempliraient pas leurs porte-monnaies…
Non, décidément, mieux vaut sacrifier quelques millions d’enfants… Pour gagner quelques millions d’euros !
Par K.Rine
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Publié dans : Fâcheries
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