Lundi 17 mars 2008
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21:30
Il fait moche, limite pluie, et je suis chargée comme un baudet. J’ai sorti pour l’occasion mon gros sac à dos qui est rempli à ras
bord : book sur Marjolaine, support pour feuille A4, tee-shirt et stylo à gagner au concours, un vase soliflore, mon contrat d’auteur, des cartons fluo genre « je fais de la promo », une
bouteille d’eau, et mon sac à main… Et puis il y a l’autre sac, grand et plastifié, qui doit contenir pas loin de 1000 feuilles A5 publicitaires et une énorme boîte de bonbons (des fraises tagada
!).
Je me demande si je vais me présenter là-bas en tant qu’auteur ou succursale du BHV…
Je refais le trajet dans ma tête : bus, train, métro… Non, décidément, je suis trop chargée ! Je coupe un peu le trajet en court-circuitant le trajet en bus avec ma voiture.
Train, métro.
J’avais oublié combien les gens sont souriants le matin, à 9h30, sur les quais de gare…
Les nanas ont des supers escarpins pas pratiques du tout pour cavaler à la poursuite du wagon, et les petites bourgeoises ont, découverte ahurissante, des écouteurs mp3 vissés sur leurs oreilles.
Non mais sans blague ?! Depuis quand les quarantenaires en tailleur ont accès au mp3 ?! De mon temps, ma brave dame, vous n’auriez jamais osé vous mettre des gros casques de walkman sur votre
brushing !
Et puis il y a le métro. Toujours long mais au moins sans changement.
Je m’installe avec tout mon bardas en occupant deux places assises que personne ne réclame. Il en reste une à côté de moi et une de l’autre côté du « couloir ».
Je plonge avec délice dans le San Antonio que je suis en train de lire. Et je me gondole toute seule ! Allées et venues des passagers finissent par me laisser de marbre, seul Bérurier qui flanque
une déculottée à un vil malfaiteur m’intéresse… Une femme se place debout à mes côtés. Je mets plusieurs secondes avant de percevoir sa présence.
« Excusez-nous » me fait une petite voix pincée et contrariée.
Je relève mon nez de ma lecture. Visiblement, la dame, toute pleine de maquillage et d’assurance, a décidé de se placer à l’endroit où j’ai posé mon second sac. OK. J’enlève le sac et l’installe
entre mes jambes.
En réalité, les femmes sont deux : la mère et la fille. Elles m’encadrent et poursuivent leur conversation animée et existentielle…
- Non mais je t’assure, Môman, j’ai l’impression d’être malade ! Je me suis regardée dans une glace, on dirait un cachet d’aspirine !
Je ne peux m’empêcher de jeter un coup d’œil sur le pseudo visage blafard : le cachet d’aspirine a dû se prendre un sacré coup d’UV en cabine ! Sans compter la couche épaisse de fond de teint que
la jeune fille doit travailler plus au couteau qu’au doigt tous les matins !
- Mais non ma chérie, tu as bonne mine ! tente de la rassurer la mère qui semble prendre très au sérieux l’inquiétude de sa petite merveille…
- Non non ! Ecoute, je me suis mise à côté de Lucile devant une glace, et je t’assure on croirait que je suis malade !
- Mon ange, Lucile est certainement partie au skiii (oui oui, avec plusieurs « i » !!)…
- Pas du tout Môman, elle revient des Seychelles!
Je me gondole toujours autant, mais San Antonio n’y est plus pour rien… Je résiste farouchement à l’envie de m’exclamer : « Brofff, les Seychelles c’est très surfait ! Remettez donc une couche de
peinture !»
Heureusement, la station « Porte de Versailles » s’annonce. Et poussée par toute une bande de collégiens venus visiter le Salon du Livre, je me retrouve bien vite devant l’entrée des halls…
Michel m’a dit qu’il me suffirait de montrer mon contrat pour rentrer gratis, mais ce n’était pas gagné pour autant…
Par K.Rine
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Publié dans : Je suis écriveronne
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