Samedi 28 juin 2008
Il est des gens que l’on côtoie quotidiennement sans jamais les connaître. Et ils sont bien plus nombreux que l’on croit ! Nos collègues à qui l’on parle entre 8h30 et 17h30 ; notre supérieur hiérarchique à qui on essaye de parler le moins souvent possible ; notre petit libraire qui reçoit notre premier « bonjour », ce qui lui laisse penser qu’on lui souhaite de tout cœur une bonne journée, alors que toutes nos pensées sont déjà tournées vers Le Monde pour mieux connaître l’actualité des sri lankais ; l’hôtesse de caisse à son poste numéro 11 qui affiche le même sourire figé et les mêmes phrases aussi automatisées que nos réponses ; notre boulanger à qui on adresse à peine la parole puisqu’il sait déjà qu’on veut une baguette moulée pas trop cuite et qu’une tonne de personnes attendent leur tour impatiemment ; nos voisins…

Et ces derniers sont souvent pourtant ceux que l’on croit connaître le mieux… A tort !

Souvenez-vous !
Vous avez emménagé sous leur regard bienveillant et leur sourire accueillant. Ah qu’ils étaient alors heureux d’avoir de nouveaux voisins pour entretenir cette jolie bicoque inoccupée depuis plus d’un an ! Là, bêtement, vous ne vous êtes pas méfiés et avez pris cela pour argent comptant. Première erreur ! Non mais sans blague, réfléchissez un peu : qui a envie de voir débarquer un couple avec des enfants et des chiens (sans parler de leurs amis !) alors qu’on est peinard chez soi, au calme, depuis une année entière ?

Puis ils ont assisté à vos premiers travaux, vous faisant gentiment (si si !) remarquer que bon, si le samedi après-midi vous pouviez éviter de faire trop de percements dans votre nouveau logis, ce serait sympa… Le dimanche alors ? Ah bah non, ça par contre c’est carrément interdit… Ah… Bien sûr, vous voulez bien vous plier aux exigences de la vie citoyenne mais devez bien reconnaître que partant à 6h45 au boulot et rentrant rarement avant 19h30, il vous est délicat de trouver d’autres moments pour percer, scier, cloisonner… Bien évidemment, vos voisins acquiescent, un petit sourire aux coins des lèvres : eux sont aux 35 heures avec 5 semaines de vacances…

Puis, les beaux jours arrivent. C’est le moment de s’occuper du jardin. Surtout que celui des voisins est rutilant, impeccable. Il faut dire qu’à partir du moment où il ne pleut pas des cordes il vous suffit de mettre un pied dehors pour y découvrir que vos voisins y sont déjà : elle jardine, il bricole… Vous, si vous mettez un pied dehors c’est pour boire un café afin de rester éveillé pour terminer le boulot qui vous tiendra debout une bonne partie de la nuit encore. Décidément, vous n’avez pas le même rythme que vos voisins… Voisins qui ne se gênent pas pour vous faire remarquer, toujours avec une délicatesse brodée d’ortie que justement ces derniers pullulent de votre côté du grillage. Sans compter les 50 centimètres de gazon qu’il vous faudra bien couper un jour, à la machette s’il le faut !

Heureusement, vous faites profiter de votre jungle personnelle à ceux qui savent l’apprécier à sa juste valeur : vos chiens ! Bon, ce n’est pas une meute, ils ne sont que deux, mais ils adorent se planquer dans les herbes hautes et pisser le long de la haie des voisins (allez savoir pourquoi ils ont choisi cet endroit précisément quand 400 autres mètres carrés leur tend les bras ?!). Sans compter que les premières fois qu’ils ont assisté au retour de vos voisins chez eux après une harassante journée de boulot qui succédait à 5 jours de RTT, ils leur ont bruyamment fait la fête ces imbéciles de clebs ! En retour, vos voisins, craignant sans nul doute qu’ils n’attrapent un coup de chaleur à s’exciter ainsi derrière le grillage, la queue toute remuante (je parle toujours des chiens), les ont largement arrosés (là je parle des voisins !) pour les faire taire… Et vous ont gentiment mais franchement fermement demandé de munir vos hystériques de collier anti-aboiement… Bien sûr, vous avez tenté de faire comprendre à vos voisins que vos chiens ne profitaient du jardin qu’environ trois fois vingt minutes par jour et n’aboyaient que lorsqu’ils les voyaient arriver après le boulot (ou y partir le matin éventuellement). Mais rien n’y fait. Vos chiens n’ont pas le droit de signaler leur présence. Vous achetez donc à contrecœur des objets de torture et les mettez quand vous y pensez… Donc pas assez souvent selon vos voisins…

Voisins qui, entre-temps, on eux aussi acheté un chien. Un sacré aboyeur, tiens ! Vous jubilez un temps, pensant qu’ils ne pourront plus rien vous reprocher. Mais le voisin est machiavélique… Lui aussi muni son quadrupède d’un collier électrique… Et voici vos chiens qui geignent respectivement de chaque côté du grillage, incapable de se dire quoique ce soit de clair… Vous envisagez d’offrir aussi un collier du même type à votre voisine tous les matins où, ayant encore une fois omis d’équiper le plus bruyant de vos deux chiens de son collier, vous entendez la damoiselle vociférer quand elle prend sa voiture…

D'un autre côté, il faut bien reconnaître que les aboiements de vos canidés sont beaucoup moins amicaux quand vos voisins passent de l’autre côté du grillage, allez savoir pourquoi … ?!

Puis, il y a le laurier qui est trop haut, le lilas qui est trop large, le lierre qui passe sous leur grillage, le nid de fourmi qui a choisi de nicher bizarrement dans votre seringua, toujours près de la clôture des voisins.

On se dit « bonjour » du bout des lèvres.

Ils vous font remarquer que vous ne vous emmerdez pas à avoir encore changé de voiture… Vous vous demandez en quoi cela les concerne, mais n’insistez pas et continuez de tondre la pelouse le dimanche matin car vous avez bossé tout le samedi. Vos voisins grognent.
Enfin, heureusement, pas tous. Ceux à l’opposé des premiers sont charmants, et osent même s’indigner de l’intolérance de leurs voisins d’en face, tout étonnés du fait qu’ils trouvent vos chiens bruyants. Rhooo, c’est vrai qu’ils aboient un coup ou deux pour dire bonjour, mais il suffit de leur dire amicalement « chut » en les caressant à travers du grillage pour qu’ils se calment tout de suite ! Vous découvrez donc une méthode qui semble mieux fonctionner que le jet d’eau… !

Et puis, un jour, un son désagréable vous irrite le tympan.

Vous descendez dans votre jardin, lieu stratégique de rencontre de vos voisins qui, bien sûr, y sont déjà mais rentrent rapidement chez eux… Le bruit se répète et vous découvrez un petit boîtier noir plaqué contre la clôture mitoyenne et pointé dans la direction de votre jardin. A chaque fois que vous passez devant, un signal à ultrason se déclenche... Très désagréable…
Après être ressortis de leur terrier, vos voisins vous expliquent que c’est pour repousser vos chiens de leur clôture.
Très vite, les premières constations s’imposent : non seulement les chiens n’en ont rien à battre du signal sonore, mais les allées et venues de vos enfants déclenchent aussi le bip irritable et c’est très pénible de déjeuner dehors le week-end… Or vous avez tout de même pris un emprunt sur 20 ans pour pouvoir manger dehors, crénom !

C’est le clash…

Vous demandez à vos voisins de débrancher leur objet de torture. Ils vous signalent que votre chien à encore oublié de mettre son collier (chien donc surdoué – si si, il met seul son collier ! - qui n’avait pas émis un son depuis plusieurs heures, trop heureux d’être dehors avec son maître !).  Vous leur proposez de faire immédiatement piquer l’animal pour leur tranquillité. Ils s’emportent, arguant que la belle-mère n’ose plus venir les voir car l’affreux cabot aboie à son arrivée. Vous vous dites que votre voisin vous doit donc une fière chandelle pour l’avoir débarrassé de la belle-doche ! Mais apparemment, la voisine ne l’entendant pas de cette oreille ! Elle vocifère, en battant en retraite, que la semaine prochaine elle fait une fête chez elle et qu’elle ne veut pas que le sale clebs aboie comme ça tout le temps ! Emporté par votre élan, vous étayé le vieil adage « à con, con et demi » et lui proposez de plutôt annuler sa petite sauterie pour avoir la paix. Evidemment, ça ne lui plaît pas trop… Pourtant, la solution vous paraît judicieuse à posteriori : vous aviez justement envie de vous faire une séance de bronzage intégral sur votre terrasse et n’avez donc pas trop envie de vous faire reluquer par toute la bande de jeunes qui va défiler de l’autre côté du grillage… !

Vous êtes un instant tenté de demander à vos voisins qui vous avaient si bien accueillis le premier jour si, avec leur gros souci d’intolérance et de connerie qui visiblement les handicape au quotidien,  ils n’ont jamais pensé à demandé une pension d’invalidité. Mais ils sont déjà tous rentrés dans leur terrier… Tant pis, vous leur suggérerez cela une autre fois… !

Au final, partagé entre l’envie de prendre pour cible le boîtier sonore histoire de vous entraîner avec votre nouveau pistolet à plomb ou de faire piquer vos canidés qui vous regardent avec les yeux de l’amour (à croire qu’ils savent que vous venez de déclarer la guerre à cause d’eux !), vous vous ruez sur les tondeuses, roto fils, tronçonneuses, et tous les autres coupe-coupe que vous avez sous la main et rasez une bonne partie de la végétation luxuriante de votre jardin. C’est propre. Net… Pis ça défoule, y’a pas à dire !

La prochaine étape ? Acheter des belles palissades d’un mètre quatre-vingt, et hop, plus de voisins !

Parce que finalement il avait bien raison Sartre : l’enfer, c’est vraiment les autres !
par K.Rine publié dans : Personnages de fiction communauté : L'écriture dans tous ses états
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Retour à la page d'accueil

Commentaires

Ben ça ! Y'a pas za dire ... j'en reste coite ... tiens on pourrait lui faire lire ... ça pourrait peut être lui faire le même effet ... Non , les bras m'en tombent ... tiens encore une idée .. pour la voisine .. pas de bras ... pas de woua woua .... J'en suis sur le cul ... qu'elle a imposant en plus, non ? S'il est à l'image de sa mesquinerie (non je me refuse à user de mon vocabulaire ordurier pour une telle pétas .. .oops ,on je m'arrête ...) ça promet !
En bref je t'admire vraiment d'avoir su résister à l'envie de lui coller un pain, un pavé, ou tout objet contondant te tombant sous la main, pendant si longtemps !!!!
Mais ce que vous ne savez pas c qu'en plus de lui avoir gâcher bien des moments de tranquillité, un moment sympa avec des amis, elle en a annulé une sortie avec des potes le lendemain : je ne lui pardonnerai jamais (à la voisine !).
Je propose donc un WE rave dans le jardin de KRine... on en reparle les gens ?
commentaire n° : 1 posté par : Fof le: 03/07/2008 23:28:29
MDR !
Oui, c'est vrai que non seulement l'esclandre a eu lieu en plein repas amical, mais en plus j'ai annulé une sortie le lendemain pour pouvoir accompagner mon époux à la recherche d'une solution anti-voisin...
Merci pour ton passage !! Pis t'as intérêt à revenir !! :D
Bisous
réponse de : K.Rine (site web) le: 04/07/2008 10:09:33

Trackbacks

Aucun trackback pour cet article

Vous trouverez ici :

Les visiteurs :

En résumé...

Les maux s'envolent mais l'écrit reste...

Vous me dîtes :

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
créer son blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus