Mardi 14 octobre 2008
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Voici une intéressante dissertation faite par Michel Champendal, mon éditeur, et qui concerne la
situation du livre papier.
La Foire de Francfort (*) a interrogé
1 000 (mille) professionnels du monde entier sur la numérisation et ses impacts sur le marché du livre :
40 % des professionnels du Livre pensent que le livre numérique supplantera le livre en papier d’ici 2018 (donc d’ici dix
ans).
Ces chiffres de la profession d’éditeur sont éloquents : baisse de fréquentations (et d’achats) des chalands dans les libraires,
chute des abonnements aux revues, diminutions de visites accompagnées d’achats dans les salons et foires du livre.
Pour la jeune génération née en 1988 et qui a de nos jours vingt ans, et dont nombre de ses représentants entrent dans le monde
professionnel ou y entrera dans le meilleur des cas dans quelques années (ce qui est hélas loin d’être certain, le chômage devenant de plus en plus sévère sous nos tropiques et les
délocalisations de production de biens et de services se faisant de plus en plus fréquentes et ce de manière irréversible), pour les jeunes de 20 ans donc les I-Pod, MP3, CD (qui vont bientôt
disparaître), les DVD (qui vont bientôt disparaître aussi), les SMS sur portables, les radios et les télévisions, les T-shirts et les flyers et bientôt les e-books remplacent en terme de temps
consacré aux loisirs et à la connaissance le temps utilisé jadis à la lecture de livre en papier par leurs aînés quand ceux-ci avaient leur âge, voici encore vingt ans.
Ajoutons à cela la montée en flèche -à prévoir- des coûts du papier et de l’imprimerie, compte tenu de la raréfaction mondiale des
matières premières et de la progression de l’utilisation de l’internet et toutes les données objectives sont présentes pour vérifier la mort à venir du livre « sur jeu papier », si l’on emploie
la terminologie actuelle, c'est-à-dire du livre imprimé sur papier.
Le « tout numérique » sera en lice dans dix ans (internet aura été remplacé par un système encore plus cybernétique) et, en
attendant, nous assistons et allons assister à la configuration économique suivante : les éditeurs cramponnés au livre papier vont peu à peu disparaître, dépassés par l’évolution
économique, les librairies indépendantes « pas en ligne mais donnant sur rue » vont fermer boutique (ce qui se passe actuellement), les grandes surfaces vont vendre de moins en moins et
sans le moindre enthousiasme les livres sans valeur ajoutée de Conseil à la Clientèle, au titre d’un produit d’appel ou de confort de plus en plus bas de gamme, les bibliothèques publiques vont
peu à peu disparaître (en trois ans, 50 % de lecteurs donc d’emprunteurs de livres section adulte en moins !), les discothèques de prêt elles sont moribondes du fait de la disparition des CD et
DVD) : le livre en papier vit ses dernières heures.
Pourquoi ? Parce qu’il n’est plus rentable, tout simplement.
Et parce qu’il ne correspond plus aux attentes des nouvelles générations en terme de lecture, nouvelles générations qui ont pris
l’habitude du multimédia : le multimédia vient tuer le livre dans sa forme ancestrale gutenbergienne.
Le texte seul ne suffit plus, il faut qu’il soit animé, interactif, illustré d’icônes fixes (photographies) ou mobiles
(films).
Il faut de plus toujours réfléchir pour lire et il suffit de consommer pour voir et interagir du et sur du multimédia. Or l’heure
n’est plus à la réflexion mais à la consommation, mis à part pour une minorité de nos concitoyens qui continue de faire phosphorer ses neurones, au risque de sortir du lot des citoyens policés
donc à portable (le livre futur naîtra de la conjugaison du téléphone portable et de l’ordinateur), ce qui est de nos jours la tare intégrale si l’on a pas en banque un compte replet.
Plus grave : dans un monde occidental post-industriel dépendant de la Chine et de l’Inde, tout autant que des Etats-Unis d’Amérique
Septentrionale et des pays dits émergeants, monde dont la France, qui s’est disqualifiée à l’échelon européen au profit du monde anglo-saxon, fait partie, le fait d’acheter des livres est devenu
socialement disqualifiant. Jadis, acheter et (dans le meilleur des cas) lire un et des livre(s) était vecteur de réussite sociale : de nos jours, e-business donc e-culture obligent, lire des
livres en papier est source d’exclusion : qu’est-ce qu’il fait, qu’est-ce qu’il a qui c’est celui (ou celle)-là ? se disent les quidams (et surtout … les employeurs !) en voyant un lecteur … Il
s’agit de nos jours d’éviter le chômage, de gagner à peu près sa vie en survivant, de ne pas se faire remarquer par les passants et les voisins, par les autorités et par les patrons : de ne pas
se distinguer de la foule placide par le frémissement d’un museau fouineur : le livre est devenu politiquement incorrect : on risque de passer pour un intellectuel, ce qui est de nos jours l’une
des pires tares sociales existantes.
Les éditeurs qui continuent d’aider les auteurs et la création contemporaine vont se retrouver devant le cas de figure que nous
sommes en train de traiter aux Editions Michel Champendal : éditer des livres bien maquettés et vendus en ligne la moitié du prix de vente TTC de son homologue en papier (livres de ce fait
téléchargeables par les internautes), version papier qui n’existera plus a priori mais seulement a posteriori si les internautes, qui auront par ailleurs téléchargé sur leur imprimante le
document, décident toutefois d’acheter une version papier par voie de souscription.
Ce qui est très peu probable …
Et si cette formule marchait par extraordinaire, l’impression sur papier se réaliserait à condition que les éditeurs désirent faire
imprimer leurs livres en Chine, au Maroc ou en Roumanie, car la production de livres chez les imprimeurs français est actuellement en voie de disparition, elle aussi …
La France étant par définition un pays frileux qui a en horreur ses petits entrepreneurs, ces derniers étant suspecté par un public
ignorant de s’enrichir sur le dos des chalands (or il ne faut vraiment pas devenir petit éditeur pour s’enrichir, il faut le devenir si l’on est militant et si l’on ne rechigne pas à éponger en
permanence des dettes), le passage du papier au livre en ligne se fera par étapes successives, et, dans dix ans, gestion écologique du monde oblige, la dématérialisation du livre sera
probablement devenue totalement effective.
Le livre va peu à peu se dématérialiser : le processus a déjà commencé.
Je ne me réjouis pas de la situation ni ne m’en plains car je raffole d’une part des livres en papier et suis d’autre part ouvert à
l’avenir, mais je suis président d’une maison d’édition, je dois défendre les auteurs et à travers eux la culture, et je dois permettre aux lecteurs du présent et du futur de trouver leur bien
…
C’est la raison pour laquelle la maison d’édition dont vous lisez les actuels propos sur ce site va devoir prendre le virage des
livres en ligne pré maquettés et téléchargeables, tout en continuant sa production de livres en papier … tant que cela sera possible, bien entendu !
Michel Champendal, président du Conseil d’éditeurs de la maison
(*) Une foire internationale du livre qui réunit les principaux éditeurs du monde, qui se vendent notamment les droits respectifs des
traductions des livres qu’ils ont édité princeps chez eux.
Et vous ? Seriez-vous prêts à lire des livres numériques ?
Par K.Rine
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Publié dans : Blablatages...
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