Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /Mars /2009 09:35
Voici la suite de la nouvelle, écrite juste pour vous...
Vous retrouverez le début ici !
Bonne lecture !
K.




Sa Nuit

La lumière s’éteignit, laissant le noir profond de cette nuit sans Lune s’abattre sur la propriété. John bondit vivement sur la première branche d’un marronnier centenaire qui se dressait fièrement non loin de la chambre de Tania. Il resta un instant accroupi sur l’épaisse ramure, attentif aux bruits qui l’environnaient. Mais rien ne bougeait aux alentours. Il se permit enfin de s’asseoir un peu plus confortablement pour sa veillée quotidienne.
La chambre de Tania était plongée dans une calme obscurité. John percevait la respiration paisible de la jeune femme et les battements réguliers de son cœur. Quand cela arriverait-il ? Cela faisait bientôt une année qu’il veillait sur elle toutes les nuits, remplaçant le regard maternel qui aurait certainement su mieux que lui prévoir l’inévitable. Un an qu’il écoutait son souffle léger, qu’il percevait ses gémissements quand elle cauchemardait, et qu’il gardait pour lui les paroles insensées de ses rêves. Un an aussi que le froissement de ses nuisettes en satin le rendait fou…
Combien de fois s’était-il imaginé pénétrer dans sa chambre pour s’allonger à ses côtés ? Il l’avait presque fait, l’été dernier. Elle dormait avec la fenêtre ouverte. Et il avait passé la nuit debout au pied de son lit, à la contempler. Cette quiétude qui envahissait ses traits, cette posture abandonnée : tout cela l’avait ému au plus haut point. Il avait goûté ces instants d’intimité à leur juste valeur, dans une immobilité parfaite, comme un promeneur qui découvre un animal nouveau né caché dans les broussailles…
John tendit l’oreille : il avait cru percevoir un léger changement dans la respiration de Tania. Mais tout était redevenu normal. Elle rêvait certainement. Peut-être de lui ? Car il savait que cela lui arrivait…
Un grognement discret se fit entendre à ses pieds, suivi d’un sifflement d’air caractéristique. Une femme se matérialisa à ses côtés sur la branche.
-    Ouaf ! chuchota-t-elle.
-    Bonjour Irina.
Un rire cristallin effleura son oreille, léger et inaudible pour un humain qui serait passé à ce moment-là.
-    Tu es un bon toutou…
-    Je fais ce qu’on me demande.
Petit gloussement ironique. Une longue main blanche se posa sur le genou de John.
-    Tu n’as toujours fait que ce qui te plaisait, reprit la voix qui paraissait s’élever directement à l’intérieur de son crâne. C’est donc qu’elle te plaît…
John fronça les sourcils. La respiration de Tania s’était de nouveau subtilement modifiée, il en était certain…
La femme passa devant lui et s’accroupit, son visage à quelques centimètres de celui du veilleur. Ses yeux, d’un marron si chaud qu’on les aurait dit rouges,, capturèrent le regard de l’homme.
-    Sinon pourquoi la veiller toutes les nuits et me laisser seule ?
Ses lèvres n’avaient pas bougé. Mais il l’avait clairement entendue. Il devait se méfier, ne pas tomber dans sa toile.
-    Son oncle me l’a demandé.
Elle pencha la tête en faisant la moue. Son visage angélique aurait pu ruiner les résolutions d’un bataillon prêt au combat. Il s’arracha à son regard envoûtant et reporta son attention sur la chambre où Tania s’agitait à présent dans son sommeil. Son cœur accélérait sa course et son souffle était saccadé. Etait-ce un cauchemar ? Ou devait-il intervenir ?
-    Il y a autre chose, n’est-ce pas Johnny… ?
Le filet de voix pénétra au plus profond de lui-même, déjouant ses défenses, et il ouvrit la bouche pour lui répondre. Pourquoi lui cacher qu’il avait trouvé sa moitié ? Que sa propre survie dépendrait bientôt de celle de la jeune femme qui gémissait à quelques mètres d’eux ?
Il posa de nouveau son regard sur Irina et une puissante décharge électrique le parcourut : qu’allait-il dire ? Irina était capable de tout pour le récupérer, et surtout du pire… Son instinct prit le dessus et un puissant grognement bondit de sa poitrine tandis que sa mâchoire claquait contre le visage de la harpie.
-    Laisse-moi, fit-il d’une voix animale.
Elle siffla, surprise par la réaction de son ancien amant, avant de reculer prudemment. Elle n’était pas de taille à affronter John à mains nues… Elle le vit regarder de nouveau vers la maison, tendu comme un arc. La jeune femme s’agitait dans son sommeil. Etait-ce Sa nuit ? John disait-il la vérité quand il affirmait faire son boulot ? La harpie recula encore un peu puis sembla tomber de l’arbre avant de disparaître dans un halo de fumée.
-    Je reviendrai… entendit John.
Un nouveau grognement gonfla sa poitrine. Mais il ne savait pas s’il était destiné à dissuader Irina de revenir ou s’il ne reflétait que l’angoisse qui grandissait en lui alors que Tania venait de se redresser brutalement, visiblement en apnée.
Sans plus réfléchir, il bondit vers la fenêtre.

... à suivre...
Par K.Rine - Publié dans : Nouvelles - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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