Samedi 4 avril 2009
6
04
/04
/Avr
/2009
17:51
Voici la fin de la nouvelle que je vous offre !
Pour ceux qui ont tout loupé, le
début est là !
La seconde partie ici...
La troisième par
là...
Et belle lecture à tous !
K.
Etait-ce la paix éternelle ? Ce calme étonnant qui résonnait jusqu’au plus profond d’elle même, comme un écho au silence qui
l’habitait désormais ? Son corps s’était tu. Les gargouillis, sifflements, battements avaient été remplacés par un repos où le tumulte de la vie n’avait plus sa place…
Pourtant, cette interruption du tapage acoustique habituel n’était qu’une façade. Un rideau tiré devant une scène où les acteurs
avaient déjà pris place. Et le voile se relevait déjà par endroit, révélant une agitation nouvelle et énigmatique… Des sensations puissantes emplissaient peu à peu le vide intérieur de Tania, lui
donnant le tournis. Elle pouvait entendre les trilles des oiseaux qui sentaient poindre le jour, le bruissement de chaque feuille de son marronnier qui frémissait sous une brise légère, le
robinet de sa salle de bain qui gouttait régulièrement… Elle avait très soif, mais l’idée de boire cette eau qui s’écoulait avec une constance de métronome la révulsait.
Elle tenta une inspiration discrète. L’air s’engouffra dans ses poumons sans lui apporter aucune satisfaction, ni aucune gêne. Une
odeur familière emplit ses narines. Elle l’apaisa étrangement même si la jeune femme ne parvenait toujours pas à mettre un nom sur cette fragrance pourtant bien connue… Trop de nouvelles
informations arrivaient à son cerveau. Elle ne réussissait pas à les mettre toutes en ordre, à mettre un nom sur toutes les impressions qui l’assaillaient.
Elle perçut alors un léger poids sur son avant bras. Des doigts tièdes, ceux de John, la caressaient avec une infinie douceur. Cette
odeur qui l’obsédait, c’était donc celle de son ami… Un sourire fleurit ses lèvres juste avant qu’elle n’ouvrit les yeux…
L’obscurité de sa chambre revêtait une précision irréelle. Tous les objets lui apparaissaient avec une précision étonnante. Son
regard croisa celui de l’homme qui était assis à ses côtés. Il ne la tenait plus, se contentant d’explorer la peau nue de son bras avec une infinie tendresse. Une intense chaleur brûla un court
instant la poitrine de Tania, incapable de détacher son regard de celui de cet être qui lui souriait. Comment n’avait-elle pas remarqué plus tôt ces millions d’étoiles qui brillaient dans son
regard sombre ? Sa peau extrêmement blanche ? Et le silence qui l’habitait aussi ?
- Bonjour…
Et sa voix si chaude… ?
- Bonjour…
Elle se redressa sur un coude. Il l’aida à s’asseoir complètement. La tête lui tournait légèrement. Elle avait l’impression de porter
des lunettes qui déformaient sa vision : chaque objet qu’elle fixait se rapprochait d’elle comme par magie et des détails incroyables lui apparaissaient alors…
Tania ferma un instant les yeux. Elle devait enfermer pour un moment toutes ces nouvelles choses qu’elle était capable de voir,
d’entendre et de sentir, pour comprendre ce qui lui était arrivée. Quand ses paupières se relevèrent, elle eut à peine à lever le menton pour croiser le regard amusé de son garde du corps. Et
réalisa qu’elle était assise contre lui… Une multitude d’informations envahit de nouveau son cerveau, lui indiquant avec une précision terrifiante quelles étaient les parties de leurs corps qui
se touchaient, la température de la peau de John, la fréquence de sa respiration…
La jeune femme serra les dents. Et se retint de justesse de respirer à nouveau le parfum captivant de l’homme qui se tenait contre
elle. Elle devait avoir juste assez d’air dans les poumons pour parler…
- Je suis… morte ?
Haussement de sourcils de son interlocuteur.
- Techniquement, oui.
Elle opina légèrement. Si toutes ses fonctions vitales s’étaient éteintes, elle avait tout de même un sacré problème !
- Pourtant, « techniquement », ironisa-t-elle, je suis vachement en forme je trouve…
- Certes… fit-il en laissant son regard glisser vers le décolleté de la nuisette.
- John ! s’indigna-t-elle en posant une main sur sa gorge. J’ai besoin d’explications, vous ne croyez pas
?
Il grimaça et fixa la table de chevet comme si elle contenait une réponse digne de ce nom.
- Tu n’as jamais été humaine, commença-t-il dans un murmure qu’elle seule pouvait entendre. Et il était écrit
qu’une fois adulte tu te transformerais pour appartenir enfin à ta vraie famille.
- Mais alors, je suis quoi ? demanda-t-elle sur le même ton.
- Tu fais partie d’une race très ancienne, issue des premiers hommes mais qui a suivi sa propre
évolution…
Un désagréable frisson secoua les épaules de Tania. Elle chercha du regard un vêtement à enfiler, mais John fut plus rapide qu’elle.
Avec une vivacité incroyable, il tira une partie de la couverture sur ses épaules. Ses mains s’attardèrent sur elle un peu plus que nécessaire. Comme il aurait préféré qu’elle eut cette
discussion avec sa mère ! Comment allait-elle réagir lorsqu’il lui dirait…
- Que suis-je ?
Sa voix incertaine et son regard apeuré fendirent le cœur de John.
- Tu es comme moi. Un être puissant et craint, qui vit dans un monde que les humains croient leur alors qu’ils
côtoient beaucoup d’autres créatures comme nous…
- Qui ? John… supplia-t-elle presque.
Il posa délicatement sa main sur la joue de la femme qu’il aimait et pria pour que le Dieu dans lequel il ne croyait plus depuis des
siècles lui permît de ne pas sombrer dans la folie dans les secondes à venir.
- Tu es une vampire.
Une terreur sans nom envahit les yeux saphirs de la jeune femme. Il raffermit sa prise autour de son visage, la forçant à le
regarder. Il ne devait pas perdre le contact, pas maintenant ! Elle attrapa son poignet et s’y agrippa de toutes ses forces pour ne pas perdre pied dans cette réalité qui venait de basculer.
Comment avait-elle pu ignorer cela ? C’était pourtant si évident à présent…
- Mon oncle… souffla-t-elle.
- Oui, il est des nôtres.
- Ma mère…
- Aussi.
Elle hocha la tête, essayant de mettre de l’ordre dans tout ce qu’elle avait cru et qui s’effondrait plus sûrement qu’un château de
cartes après un courant d’air. Elle pensait savoir qui elle était, quelle était sa place, quels étaient ses amis. Elle savait que tout serait à recommencer…
- Mes amis ? hoqueta-t-elle.
John ne la lâchait pas, malgré la douleur qui grandissait au niveau de son poignet. Elle avait une force impressionnante pour une
jeune vampire ! Mais il acceptait cette souffrance avec bonheur car elle lui assurait qu’elle n’était pas en train de perdre les pédales… Et que n’aurait-il pas accepter pour elle ?
- Certains sont comme nous. Pour les autres, il te faudra faire attention au début… Mais je serai là, ne t’inquiète
pas.
Elle opina derechef. Sa respiration, réflexe involontaire lié à sa profonde détresse, s’apaisait lentement. Il la vit fermer les yeux
et réfugier son visage au creux de sa paume. Ses doigts laissèrent le poignet de son ami et glissèrent sur le dos de sa main pour la maintenir contre son profil. Avec une lenteur calculée, il
l’attira tendrement contre lui et referma son bras libre dans le dos de celle qu’il aimait depuis si longtemps. Elle avait besoin de repos. Et de sang. Il lui offrirait les deux au plus
vite…
- Tania ?
- Oui, répondit-elle.
- Ça va aller ?
- Bien sûr…
Sa voix était chaude et enveloppante. Elle lui rappela immédiatement celle d’Irina. Mais là où la harpie s’insinuait dans l’esprit de
ses victimes pour leur faire avouer ce qu’elle désirait, Tania l’imprégnait de sa volonté, le persuadait sans heurts. John se promit de faire attention dans les semaines à venir : avec un tel
pouvoir sur lui, elle était bien capable de lui faire faire n’importe quoi… Ou de lui mentir effrontément.
Elle bougea légèrement contre lui et il sentit les bras de la jeune femme l’enlacer à son tour. Un plaisir fulgurant le traversa de
part en part. Il avait si longtemps cru que sa condition de vampire l’empêcherait de trouver quelqu’un avec qui partager sa vie… Jusqu’au jour où sa route avait croisé celle de Tania, il y avait
déjà presque trois ans. Une force irrésistible l’avait poussé vers elle. Certains vampires avaient la chance de trouver leur Moitié, un être qui appartenait au même monde qu’eux et qui
éprouvaient les mêmes puissants sentiments.
Pourtant, cet amour naissant serait rapidement mis en péril…
- John…
- Oui…
- Tu resteras avec moi ? demanda-t-elle contre son torse.
- Oui.
L’assurance de sa réponse emplit de joie Tania. Ainsi, ce dont elle avait si souvent rêvé n’était peut-être pas irréalisable… Et pour
le moment, alors qu’une nouvelle vie inconnue et terrifiante s’ouvrait à elle, la jeune femme sentait que seule la présence de l’homme qu’elle aimait à ses côtés pourrait la préserver de la folie
tapie en elle.
Elle s’écarta un peu de lui pour s’émerveiller une nouvelle fois de ces petites étoiles qui scintillaient dans son regard.
- Alors moi aussi je resterai avec toi, lui promit-elle.
La solennité de ses paroles le bouleversa. Sans réfléchir, il s’empara des lèvres qui s’offraient à lui, repoussant loin de son
esprit l’image de l’Oncle de Tania qui n’apprécierait certainement pas cette union. Quand il se recula, il ressentit combien la jeune femme avait encore peur par tout ce qui venait de se
produire. C’était cela aussi de trouver sa Moitié : chacun des amants partageait très rapidement les ressentis de l’autre…
- Pourquoi as-tu peur de mon Oncle ? fit-elle gravement.
La question le surprit. Ainsi elle aussi avait perçut des choses en lui… « Ça promet… » songea-t-il.
- Je n’ai pas peur de lui, se rebiffa-t-il.
- D’accord, admit-elle sans difficulté, mais quelque chose t’ennuie, n’est-ce pas ?
Il tiqua.
- Je ne suis pas complètement comme toi, Tania, commença-t-il. Je ne suis pas né de la relation entre deux
vampires. J’ai été créé…
La tête légèrement penchée, elle tentait de comprendre le sens de ses paroles.
- Tu es un vampire de haute lignée, un sang-pur. Moi je suis… Enfin…
Et si elle préférait la noblesse à son amour ? John guettait anxieusement sa réaction. Leur relation était bien trop récente pour
qu’il pût être certain qu’elle fût définitive…
- Donc, tu étais humain… annonça-t-elle.
- Oui.
- Comme moi…
Il sourit malgré lui. Oui, c’était une façon de voir les choses. Sa façon à elle. Certainement pas celle de son Oncle !
- Et je pense que mon tonton verra les choses comme moi, affirma-t-elle avec une assurance incroyable en se levant
d’un bond souple.
Sa voix avait repris une chaleur étonnante qui enveloppait le corps et la conscience comme on emmaillote un bébé. Il était si facile
de la croire…
La nuit devenait grise. Dans un moment, les couleurs reprendraient lentement leur place et le soleil se lèverait. Ils n’avaient que
trop attendu. L’oncle de Tania devait être prévenu que la transformation de sa nièce avait eu lieu…
- Je me charge de lui dire, fit la jeune femme en attrapant un jean dans son armoire.
- Tu entends mes pensées ?
- Techniquement : oui ! se moqua-t-elle gentiment.
Sa nuisette atterrit dans un froissement délicieux sur le parquet.
- Tania… gronda-t-il.
Elle enfila prestement son jean et un chemisier bleu qui mettait en valeur ses yeux saphirs. Puis elle bondit de nouveau sur son lit
pour faire face au vampire qui la regardait avidement.
- Ce soir, lui promit-elle dans un souffle. Avant, je veux être certaine que mon oncle saura mettre ses réserves de
côté. Et aussi… J’ai très faim !
La mélodie des paroles de sa Moitié entoura le vampire qui lui céda bien volontiers.
John ne douta pas un seul instant que toutes les exigences de la jeune femme seraient comblées dans les heures qui
suivraient…
FIN
Par K.Rine
-
Publié dans : Nouvelles
-
3