Jusque là, la journée s’était plutôt bien passée. Si si. Mes élèves avaient bossé sur des fiches, le
truc que je déteste faire par excellence mais qui est le seul qui fonctionne avec eux. Le déjeuner avait été pris sur le pouce avec une plâtrée de nouilles chinoises industrielles bas de gamme.
La visite au Festival du Livre s’était déroulée dans le calme car j’avais trouvé un chien de garde pour surveiller la moitié de ma classe (au cas où le chien, enfin la chienne, se
reconnaîtrait, je lui fais au passage plein de poupouilles et lui assure une nouvelle fois de ma gratitude infinie !). L’intervenante qui aurait dû passer faire une petite animation de
secourisme dans la classe nous a plantés en beauté. Et les gamins ont couru 10 minutes pour l’entraînement (le cross c’est vendredi !) sans se taper dessus ; il y en eut juste quelques uns qui
avaient trouvé des planques sympa pour se cacher (des fois que la maîtresse elle soit super cruche et n’ait jamais fait ça de sa vie !). Bref, une journée super sympa par rapport à ce dont mes
élèves sont capables !
Et puis, apothéose, ce soir je ramène une collègue en voiture ce qui fait que nous papotons durant
tout le trajet…
Nous en venons naturellement à parler des dernières animations pédagogiques que nous avons subies… heu… auxquelles nous avons participé samedi dernier. Pour les novices, une animation pédagogique c’est la formation
professionnelle des enseignants. On dit « pédagogique » parce que c’est censé nous permettre d’être de meilleurs pédagogues et non pas parce que c’est fait par des profs super compétents dans
la transmission des savoirs !
Ma collègue, elle, se fade cette année les animations avec notre inspecteur. Imaginez un peu le
tableau : samedi matin, formation professionnelle avec votre patron. Evidemment, quand il pose une question genre : « Des questions ? » vous n’allez surtout pas ouvrir votre grande bouche pour
lui demander des choses, des fois qu’il comprenne que son intervention était nulle à chier à améliorer et qu’il décide de venir vous
inspecter à l’improviste dès le lundi matin, unique jour de l’année où votre cahier journal ne sera pas parfaitement tenu car consécutif à la seule beuverie de votre vie puisque vous venez de
fêter pendant près de quarante heures vos quarante ans ! Non non, croyez-moi, avoir l’inspecteur pour l’animation pédagogique, cela ne devrait pas pouvoir exister ! C’est comme se faire servir
par Robuchon les meilleures coquilles st jacques de la planète, avec leur petit coulis de bisque qui-va-bien où les bigorneaux et autres moules y flottent délicieusement, alors qu’on déteste
les produits de la mer… A la question « Alors ? Ça vous plaît ? » vous serrez les dents, avalez goulûment un grand verre d’eau, et, stoïque, annoncez : « C’est parfait ! ».
Mais je m’égare, excusez-moi…
Bref, ma collègue me parle alors d’une découverte hal-lu-ci-nan-te, le genre de truc qui va
révolutionner l’enseignement et améliorer la vie de l’enseignant : il y a un tout nouveau programme, via open office, qui permet de faire tout un tas de manipulations ex-tra-or-di-nai-res en ce
qui concerne le suivi des élèves. Et la voici me décrivant un outil où l’on peut à la fois rentrer des notes sur 20 et des codes de couleur, où l’on peut suivre la progression individuelle de
l’enfant selon les compétences, où les compétences sont numérotées et même qu’il n’y a plus qu’à entrer le numéro, et que c’est trop génial !
Là, je boue…
Evidemment, vous ne voyez pas bien pourquoi, mais vous allez comprendre quand vous saurez que mon
oncle par alliance a monté, avec ma modeste collaboration, un superbe logiciel sur la plateforme 4D et qui permet de faire toutes les choses que ma collègue m’énonce (et bien plus encore, et
toc !). Et que cet oncle, dans un élan dramatique de foi en l’espèce humaine, une fois le programme au point, après des heures de dépistage de bugs pour moi et des jours de corrections pour
lui, a proposé ce programme aux inspections académiques comme ça…
Et aujourd’hui, j’apprends qu’un truc étonnamment similaire pointe le bout de son
nez…
Alors oui, je crois que dans l’Education Nationale, on a du mal à se sortir des bancs de l’école et
que certains élèves, une fois adulte, gardent la mauvaise habitude de loucher sur la copie de leur voisin. Je ne leur en tiendrais pas rigueur s’ils reconnaissaient au moins ne pas être à
l’origine de la géniale idée…
Bref, pour tout ceux que cela intéresse, sachez qu’il existe un super programme de suivi de
compétences des élèves fait par mon tonton. Et cela ne m’étonnerait pas qu’il laissât dans les commentaires de ce billet l’url pour que vous alliez y jeter un coup d’œil, hein Gégé ?
;-)
K.