Mardi 28 avril 2009
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Mon émotion est grande ce soir, elle saigne de mon cœur, déborde de mes paupières, tremble sous mes
doigts qui tentent de retenir les mots qui s’envolent… J’ai mal depuis que je suis assise à ce bureau, car tous les souvenirs que j’ai gardés précautionneusement sous clef depuis des heures
s’échappent enfin dans mon havre de paix. Dans ce lieu qui fut le témoin de nos échanges mailistiques acharnés et plein d’humour. Dans ce lieu qui écouta indiscrètement nos si longues
conversations téléphoniques quand tu m’aidais à progresser dans mon métier d’écriveronne. Dans ce lieu où un sourire hilare traversait mon visage quand mon répondeur énonçait ta phrase fétiche :
« Ma chère Karine, ici Michel Champendal ton éditeur qui te parle… ».
Je sais que mon répondeur ne diffusera plus ta voix grave et pleine d’esprit, que ma boîte aux lettres ne m’annoncera plus un nouveau
mail délirant en ta provenance, que tu ne pourras pas suivre ma carrière balbutiante d’écrivaine comme on se l’était dit. Et que je n’aurai pas le plaisir de lire de nouveaux écrits de
toi…
Je ne sais pas ce qui est le plus dur. Peut-être d’avoir pressenti il y a quelques semaines, en te quittant après un long après-midi
de travail éditorial, que nous nous disions adieu plutôt qu’au revoir ? Pourtant, si je pensais que l’éloignement aurait peut-être raison de notre jeune amitié, je ne me doutais pas que la
rupture aurait un goût aussi tragique…
Et puis la révolte bouscule ma tristesse. Cela n’aurait pas du t’arriver à toi ! C’est une injustice, une erreur de parcours, une
folie du destin, une énorme bévue du Grand Marionnettiste… Mais si sur mon clavier tout ce que vivent mes personnages est toujours effaçable, cette fois-ci je suis impuissante à corriger ce
morceau de l’histoire.
Il va donc falloir apprendre à vivre avec ton absence, sans toi. Toi qui croyait tellement en l’être humain que tu as réussi à me
faire croire en moi.
Et si ce soir mes mots pleurent sur mon écran, je sais qu’ils sont relayés dans le cœur de ta famille, de tes amis et de tes auteurs
sans qu’il n’y ait besoin d’Internet pour cela. Tu nous manqueras Michel, et ma maigre consolation sera d’avoir eu le privilège de croiser ta route.
Adieu mon ami,
Ta « chère Karine »
Par K.Rine
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Publié dans : Je suis écriveronne
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