Mots et cris
Tapie au bord de l'eau, derrière les hauts roseaux, elle guettait, le cœur battant, le passage du troupeau. Encore quelques minutes, ou quelques heures peut-être... ? Le temps n'avait pas d'importance. Le chaud soleil du couchant mordait ses épaules juvéniles et imprimait sa marque sur ses reins qu'un tee-shirt trop âgé découvrait sans malice.
Sous ses pieds, plongés dans l'herbe sèche de ce début du mois d'août, un roulement de tonnerre gonfla. Ils arrivaient ! Encore quelques instants et leurs poitrails noirs et puissants fendraient la végétation alentour, à quelques mètres d'elle, juste derrière le ruisseau.
Elle s'agrippa aux roseaux pour mieux se cacher, mais releva son joli nez et de grands yeux bleus comme cette mer qu'elle n'avait encore jamais vue glissèrent, ravis, sur les premiers taureaux qui avançaient vers elle.
Le bruit de leurs cornes qui s'entrechoquaient, le claquement sec de leurs ongles sur le sol assoiffé, les rayons du soleil qui brûlaient leur robe de jai, toute cette vision emplit son corps en une fraction de seconde. A quelques pas de leur beauté sauvage, elle se sentait vivante... Il lui sembla que son cœur s'était mis à battre au rythme de leur course, que le sang cognait à ses tempes à chaque mugissement.
Etouffant un petit cri de plaisir, elle se redressa à demi pour tenter de le voir.
Elle l'entendait déjà, depuis quelques instants, pousser de la voix les énormes mâles devant lui. Elle le savait monté sur le bel étalon blanc que son père lui avait offert l'an passé pour ses quinze ans. Il portait certainement ce chapeau marron qui avait déjà bien vécu, et une chemise bleue ouverte sur la médaille de la Vierge. Elle tendit l'oreille, le souffle court : tout ce chemin qu'elle avait fait, cette rivière qu'elle avait traversée, c'était pour lui.
Un souffle brûlant s'abattit sur sa nuque délicate et son cœur s'arrêta quand elle entendit le râle mécontent du torillon. Que faisait-il là ? Pourquoi n'était-il pas avec les autres, de l'autre côté de la rivière ? Ele se tourna lentement et fit face au mufle menaçant. Etonnament, elle n'eut pas peur, comme si elle savait que cette voix puissante qu'elle aimait tant, cette voix qui avait depuis peu perdu ses accents enfantins, allait la libérer du regard coléreux de la bête.
L'étalon blanc arriva paisiblement. Son cavalier piqua des deux sans prévenir, et le mâle noir, surpris, s'enfuit en râlant. Il arrêta sa monture à moins d'un mètre d'elle. Assise parmi les roseaux, elle réalisa soudain qu'elle tremblait. De peur ? Pas sûr...
- Tu ne devrais pas être ici.
D'un geste, il l'invita à prendre place derrière lui, sur l'étalon blanc. Elle lui donna la main et s'envola en croupe. Emprisonnant sa chemise tandis qu'ils repartaient au petit galop, elle sourit au soleil.
Elle n'avait que huit ans, et il en avait seize...
Mar 27 nov 2007
1 commentaire
Ah zut alors, elle n'a que 8 ans !! Mais elle va devoir l'attendre pendant trop longtemps... Quel dommage !
C'est que ça va devenir triste, trop triste. Si elle avait 15 ans, ça serait juste une belle histoire d'amour... ;-)
Emeraude - le 29/11/2007 à 09h21
Mmhh... Pas sûr... Un peu de mélancolie peut-être, sur la fin, mais d'un autre côté elle a l'air tellement certaine de son amour que tout peut arriver !
K.Rine