L'Arbre de Johanne : le premier chapitre !

En exclusivité pour mes blogonautes, voici le premier chapitre de mon nouveau roman qui sortira dans moins de deux mois : L'Arbre de Johanne.
Bonne lecture à tous !
K.Rine


L'arbre de Johanne044


Chapitre premier

 

 

 

 

La nationale 151 s’étendait à l’infini devant lui, malgré la nuit qui était tombée depuis plusieurs heures. Les Berrichons se plaisaient à mettre en avant qu’ils possédaient la nationale la plus droite de France, comme tirée au cordeau entre les champs de colza et de maïs. Seules les dénivellations laissaient un brin de mystère sur la suite de la route. Elles causaient aussi de nombreuses frayeurs aux automobilistes trop aventureux qui s’amusaient à doubler les tracteurs dans les montées. Beaucoup de véhicules se retrouvaient « face à face » en haut d’une côte, avec pour unique option le fossé le plus proche… Mais, à part cela, il fallait bien admettre que la route était agréable et sa limitation de vitesse à 90 km/h difficile à respecter. On y voyait loin, même en pleine nuit, et le seul réel danger venait du gibier qui pouvait s’y engager.

Michel Sonneur appuya un peu plus sur l’accélérateur, les yeux rivés sur son rétroviseur. N’avait-il pas vu des phares à quelques centaines de mètres derrière lui ? Le seul radar automatique était encore à plusieurs kilomètres, il avait le temps de distancer ses potentiels poursuivants… Il força l’allure, refusant de jeter le moindre regard sur son compteur dont l’aiguille frôlait les 130 km/h. Il détestait conduire vite. Mais il n’avait pas le choix. Si c’étaient bien eux qui le suivaient, il devait absolument les distancer !

Les phares réapparurent dans son rétroviseur. Il lui sembla qu’ils étaient plus proches, même si une descente les lui masqua rapidement. Qui d’autre qu’eux pouvait conduire à une pareille vitesse en pleine nuit ? La peur au ventre, Michel enfonça un peu plus la pédale de droite, les mâchoires crispées. Si dans une dizaine de kilomètres ils le suivaient toujours, il ne pourrait pas rentrer chez lui ! Il devait absolument trouver un stratagème pour les semer…

Les mains moites serrées sur le volant de sa camionnette, il voulut accélérer encore, mais s’aperçut avec effroi qu’il était déjà pied au plancher : le Transit n’irait pas plus vite. Les phares redoutés réapparurent juste avant qu’il ne plongeât sous le rassurant couvert d’un petit bois. Il eut un frisson à l’idée qu’un animal en sortît à l’improviste : à cette vitesse, une collision pouvait lui coûter la vie… Allons, il devait garder son calme et trouver rapidement une solution ! Juste après les arbres, avant le radar, il y avait une route communale qui bifurquait vers un lieu-dit. S’il éteignait ses feux avant l’intersection, et en roulant à bonne allure, il pourrait peut-être distancer ses poursuivants.

La gorge sèche, Michel scruta l’orée du bois pour y trouver sa route. Les phares venaient d’illuminer à nouveau son rétroviseur. Le doute n’était plus permis : c’étaient ceux d’un 4x4 ! Celui qu’il avait aperçu chez eux dans l’après-midi, il en était sûr !

Pourquoi était-il retourné les voir ? Quel besoin avait-il eu de leur rappeler qu’il était toujours vivant ? N’avait-il pas compris, depuis le temps, que rien ne pourrait les faire changer d’avis ?

La lumière aveuglante de ses ennemis disparut de nouveau, happée par le dernier tournant.

Michel enfonça la pédale du milieu. Les pneus du Ford gémirent douloureusement, peu habitués à un tel freinage. D’un geste vif, il coupa les feux de son véhicule, puis donna un coup de volant sur la droite. L’utilitaire s’engagea en tressautant sur la route communale. Le cœur de son conducteur battait à ses tempes. Le quadragénaire se demanda même s’il n’allait pas avoir une attaque. Non, allons, il ne devait pas penser à ce genre de choses : à bientôt quarante-cinq ans il était en pleine forme ! Son médecin lui disait tous les ans qu’il n’avait pas changé !

Un peu comme ses poursuivants, en somme… Au premier coup d’œil, il avait su qu’ils étaient toujours les mêmes. Leurs regards avaient été bien plus explicites que le peu de paroles qu’ils avaient échangées. Ils ne voulaient pas le revoir. Pire : ils souhaitaient se débarrasser définitivement de lui, et de sa famille…

Michel roulait beaucoup moins vite à présent. Cette route étroite, il la connaissait mal. Elle changeait sans cesse de direction. Agrippé à son volant, il gardait les yeux plissés et le buste légèrement penché en avant pour tenter de percer l’obscurité. Son tambour intérieur battait furieusement à ses oreilles. Il avait été un imbécile, un indécrottable con, et il en payait le prix !

Le fuyard jeta un coup d’œil dans son rétro. Etaient-ils déjà passés sur la nationale ? Avaient-ils compris qu’il avait bifurqué ?

Au loin, il lui sembla apercevoir le toit des deux habitations qui formaient le lieu dit, juste derrière un bosquet. Peut-être pouvait-il rallumer ses phares ?

Il hésita. Il avait l’intuition qu’il devait absolument continuer d’avancer dans le noir… Mais cela n’avait rien de rassurant…

Soudain, il entendit un bruit derrière lui. Il regarda anxieusement dans le petit miroir. Au même instant une puissante lumière l’aveugla. Non ! Ils ne pouvaient pas être juste là ! Comment était-ce possible… ?

Un frisson glacial remonta le long de sa colonne vertébrale. Pourquoi avait-il quitté la rassurante nationale ? Ici, personne ne passerait avant des heures…

Pris de panique, Michel appuya à fond sur l’accélérateur en rallumant ses feux. Seconde. Troisième. Quatrième. Le Ford rugit en dépassant le bosquet. Le 4x4 ne le lâchait pas d’une semelle…

Cinquième. Il voulait rentrer chez lui ! Revoir sa femme ! Ses filles ! « Oh mon Dieu, je vous en prie ! » gémit-il sans s’en rendre compte. Il était presque arrivé à la hauteur des habitations. Et s’il klaxonnait ? Peut-être les occupants des deux maisons donneraient-ils l’alerte ?

Deux iris flavescents attirèrent son regard. Les yeux de Michel s’agrandirent sous l’effet de la surprise. Il donna un grand coup de volant dans l’espoir d’éviter la biche qui lui barrait le chemin. La camionnette cahota sur le bas côté. Elle bondit par-dessus le fossé, piqua violemment du nez. Les doigts de l’automobiliste se nouèrent autour du volant qui ne lui servait plus à rien. Ses mâchoires se crispèrent. Dans la vieille cabine, Michel était malmené comme un pantin dans une valise. Sa tête cogna contre le montant de la portière, l’assommant à moitié. Le moteur du Ford hurla sauvagement. Mais son conducteur ne comprit pas qu’il avait gardé le pied enfoncé sur l’accélérateur. Au contact du sol, les roues dérapèrent dans l’orge humide. Puis elles entraînèrent rudement le véhicule dans un immense tilleul.

Michel sentit ses côtes se briser sous la pression de la ceinture de sécurité. Le souffle coupé, il ne put retenir sa tête qui percuta fatalement le large volant. Un goût métallique inonda sa bouche. Une étrange sensation le saisit. Il eut l’impression de flotter, comme si son corps ne lui appartenait plus. Il avait chaud au visage. Du sang ruisselait le long de sa tempe. Mais le reste de son corps était glacé.

Voilà.

Ils avaient réussi…

Incapable de résister plus longtemps, Michel ferma les yeux. Une profonde détresse fit palpiter une ultime fois son cœur. Sa dernière pensée fut pour sa fille aînée.

Jo allait devoir lutter sans lui…

 

 

 

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K.Rine

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